On ne dit plus « je te touche » mais je suis tactile

Depuis plusieurs jours je bosse sur une comédie. Je trie, j’annote les archives de cette auto-fiction. Les histoires d’amour ou les autres, nous ramènent incontestablement vers notre passé. Je pense à cet instant, à l’espace de plus en plus ténue que le contact occupe dans nos vies. Je dois bien admettre qu’au delà du célibat, y’a pas carence de toucher dans ma vie. Sauf, celle du parent-enfant. Je me remets difficilement de cette intimité absente. Mes ami(e)s sont des tripoteurs des « touche à tout ». Nous passons des soirées accrochés les uns aux autres, comme nous le serions à l’escalier qui trempe dans la piscine. Assez peu préoccupée par une telle ambiguïté celle-ci n’étant pas ma principale préoccupation. Mais marquons un temps d’arrêt sur mes épanchements, je voulais vous parler du toucher. Ce truc infiniment intime qui s’avoisine presque à l’instinct. On ne dit plus « je te touche » mais je suis tactile. D’ailleurs voir les nouvelles technologies (iPhon, Tablette…) toutes s’animent du bout des doigts, des jouets intuitifs. Or il semblerait que l’intuition ne soit pas une science.

Il y a danger lorsque l’on se laisse toucher. En même temps, « le tactile » n’autorise pas d’emblée à s’approcher des zones sensibles. Une main sur l’épaule vous dira rapidement si votre interlocuteur s’ouvre ou se raidit. En Normandie on se fait la bise, un toucher impersonnel relevant d’un automatisme. Quitte à choisir je préfère, et de loin, les câlins, mais il est vrai qu’ils sont une autre intimité. A tout prendre nous devrions explorer ce qui se dit dans une simple poignée de main, ou alors, osons celle-ci sur l’épaule, ou la joue pour secouer un peu la bise routinière. L’an dernier j’ai croisé des « amis » dont je ne connaissais que l’avatar virtuel. C’est un moment d’exception car les corps prennent une place puissante parce ils sont la variable inconnue. Un corps dépendant de la relation établie en ligne…

Au début de l’année, il m’a été donné de croiser une belle personne. Par réserve, je ne l’aurais pas « embiser » elle l’a fait spontanément. Un peu surprise (déroutée serait plus exact) je lui ai tendu la main dans un « enchantée » à peine audible. Jeanne (c’est son prénom) m’a offert une première fois, un truc inédit: Elle a pris ma main entre les siennes. Un geste bien plus affectueux que la bise qui avait pris le devant de la rencontre. Nos mains n’étaient pas politesse, ni convention, elles étaient en relation. Il m’est primordial d’écouter mon instinct quand celui-ci me parle des autres, de leurs besoins, des faux semblants qui ignorent comment se cacher derrière l’expression corporelle. Il serait malheureux de faire abstraction des corps qui m’entourent. Et de les proscrire aux seuls dialogues érotiques quand ils savent dire tellement, mais tellement plus.

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11 Responses to On ne dit plus « je te touche » mais je suis tactile

  1. J’aime bien ton texte sur le toucher.
    Dans une nouvelle rencontre, la première « touche » est unique, souvent attendue, toujours chargée d’émotion.

  2. Bonsoir Cortisone ! Un billet touchant (di j’ose dire) et , il est vrai que l’aspect tactile est très important dans les contacts humains !! Savoir aussi mieux se parler est important !! je te souhaite une douce soirée et que l’on te touche avec le plus grand respect .

  3. cortisone says:

    Bonjour Jean-Philippe!

    Important et presque vital. Quand j’y pense, je me dis que le « toucher » est partout, dans les mots et le geste. Le plus grand respect Jean-Philippe, il vient d’où je ne l’attendais pas, une surprise dans le mouvement.

    Je t’embrasse !

  4. cortisone says:

    Hello toi !

    Je suis enchantée qu’il te plaise :-) merci !
    comme la dernière, non ?

  5. saravati says:

    J’adore cette approche, j’ai redecouvert il y a peu l’art du toucher, non que j’en ai été privée en quantité mais plutôt en qualité, tributaire en cela de l’installation des habitudes ou lassitudes selon les cas.
    Au travail dans un milieu presque exlusivement masculin, on avait pris l’habitude de faire la bise, je détestais cela parce qu’il y avait beaucoup de collègues pour lesquels je n’avais pas d’estime et leur témoigner de l’affection était comme un parjure. Et puis, il y en avait qui transpiraient comme des bœufs et il fallait se faire discrète pour ne pas les vexer après les pénibles même si brèves effusions.
    J’ai gardé une certaine réticence pour la bise traditionnelle des quidams.
    Cette année, j’ai rencontré quelqu’un après de longs échanges épistolaires qui étaient aussi du genre tactiles, non dans le sens sexuel du terme, mais dans la connivence et une forme de tendresse presque innée. Malgré la distance, nous avons voulu nous rencontrer.
    Je peux te dire que devant l’émotion si forte de rencontrer quelqu’un qu’on ne connaît que d’une certaine manière, le tactile est un moyen de se donner une raison de se taire, de ne pas devoir chercher à donner des explications verbales somme toute inutiles dans ce cas. Les mains sont aussi un merveilleux moyen d’expression qui ne servent pas exclusivement à taper sur un clavier.
    Les mains ici ont retrouvé leur première raison d’être. Ici nous oublions trop souvent que nous sommes chair et os, c’est bon de le rappeler.
    Pardon d’avoir été si longue mais ton billet m’a tactilisé !

  6. celestine says:

    Oui, c’est bien vu! On vit des paradoxes étranges dans cette société. A l’ère du tactile, tout mouvement familier est suspecté aussitôt de mauvaises intentions, voire de harcèlement. Moi j’ai besoin de toucher pour sentir, et une poignée de mains m’en dit bien plus long que des paroles.

  7. Un billet toujours aussi touchant ! On peut en lire beaucoup entre tes lignes chère Cortisone .
    Je t’invite à ouir ma nouveau titre : http://soundcloud.com/jerryox/ton-sextoy

    Belle soirée à toi !

  8. Patrick says:

    Si le numérique était tactile, ce commentaire serait un gros câlin.

  9. cortisone says:

    Merci de voir ce que je n’écris pas…

    Belle soirée à toi cher Jean-Philippe !

  10. cortisone says:

    J’ai besoin également mais je me dis que toucher ne veut rien dire finalement. Comme disait ma grand-mère « bouchée avalée n’a plus de goût »

    Merci de votre passage Celestine !

  11. cortisone says:

    C’est bon oui…

    Merci Saravati.

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